Soutenance de thèse – Anne THEUREL
Jury :
Laurent BEGUE,PROFESSEUR DES UNIVERSITES, Université Grenoble Alpes- Directeur de thèse
Rebecca SHANKLAND,PROFESSEURE DES UNIVERSITES, Université Lyon 2- Co-directrice de thèse
Stéphanie MAZZA,PROFESSEURE DES UNIVERSITES, Université Lyon 1- Rapporteure
Lucia ROMO,PROFESSEURE DES UNIVERSITES, Université Paris Nanterre – Rapporteure – VISIO
Céline BAEYENS,PROFESSEURE DES UNIVERSITES, Université Grenoble Alpes- Examinatrice
Ilaria MONTAGNI,CHARGEE DE RECHERCHE, INSERM – Université de Bordeaux- Examinatrice
Titre :
Promouvoir la santé mentale des jeunes adultes : la régulation émotionnelle, le sommeil et l’engagement comme leviers clés d’une intervention numérique efficace.
Promoting Young Adults’ Mental Health: Emotion Regulation, Sleep, and Engagement as Key Components of an Effective Digital Intervention
Résumé :
La santé mentale des jeunes adultes constitue un enjeu majeur de santé publique, en raison de la prévalence élevée des troubles psychiques dans cette population et des obstacles persistants à l’accès aux soins. Cette thèse vise à identifier les composantes clés d’une intervention numérique efficace et engageante pour promouvoir la santé mentale des étudiants. Elle s’inscrit dans une démarche de recherche interventionnelle mixte combinant approches quantitatives (étude pilote, essai contrôlé randomisé, analyses de médiation) et qualitatives (entretiens semi-directifs), afin de concevoir, évaluer et optimiser un programme numérique fondé sur les données probantes. La première partie établit les fondements conceptuels du travail. Après une clarification des définitions contemporaines de la santé mentale et des modèles de promotion de la santé, notamment les approches dual-factor et transdiagnostiques, la thèse analyse les facteurs de vulnérabilité propres aux jeunes adultes, à l’intersection des transitions développementales, académiques et sociales. Une analyse en profils latents menée sur la cohorte ETUCARE met en évidence plusieurs profils différenciés combinant détresse psychologique, faible bien-être subjectif, troubles du sommeil et comportements à risque. Cette typologie souligne l’hétérogénéité des besoins et constitue un point d’appui pour penser des interventions différenciées et ajustées aux niveaux initiaux de vulnérabilité. La deuxième partie propose une revue critique des interventions numériques existantes en santé mentale, mettant en lumière leurs limites en matière d’ancrage théorique, d’articulation entre prévention et soin, d’accessibilité et surtout d’adhésion. En réponse, le programme ETUCARE est développé comme une intervention multicomposante intégrant des apports issus de la thérapie cognitivo-comportementale, de la psychologie positive, de la pleine conscience et de la médecine du mode de vie. Une première évaluation en conditions réelles montre des effets encourageants sur la détresse psychologique, le bien-être et certains comportements de santé. Toutefois, elle met également en évidence un taux d’attrition élevé, révélant les défis spécifiques liés à l’engagement dans les interventions numériques auto-guidées. La troisième partie approfondit l’évaluation du programme. Un essai contrôlé randomisé à trois bras compare l’efficacité d’un format numérique seul, d’un format hybride combinant application et ateliers en présentiel, et d’un groupe contrôle sans intervention. Les analyses quantitatives montrent des effets significatifs des deux formats numériques sur la détresse psychologique, le bien-être, les troubles du sommeil et les compétences de régulation émotionnelle, sans différence statistiquement majeure entre les deux modalités expérimentales. En revanche, les analyses qualitatives soulignent le rôle déterminant de l’accompagnement humain dans le renforcement du sentiment de soutien, du cadre sécurisant et de la validation émotionnelle, constituant un levier motivationnel majeur, en particulier pour les étudiants les plus vulnérables. Les analyses de médiation identifient la régulation émotionnelle et la qualité du sommeil comme mécanismes transdiagnostiques centraux expliquant les effets observés, soutenant une approche de soins gradués (stepped care) ajustée aux profils initiaux et aux styles d’apprentissage. Ainsi, cette thèse apporte plusieurs contributions originales : la validation de formats d’intervention différenciés et adaptables, l’identification de mécanismes de changement transdiagnostiques, et la démonstration qu’une prévention numérique fondée sur les preuves peut être à la fois efficace, engageante et transférable à large échelle. Elle souligne enfin les enjeux éthiques, structurels et politiques associés au développement d’outils numériques en santé mentale et plaide pour leur intégration dans une approche globale, inclusive et articulée aux politiques publiques de santé
