Soutenance de thèse – Kévin VEZIRIAN

Quand :
29 novembre 2022 @ 13 h 30 min – 17 h 00 min
2022-11-29T13:30:00+01:00
2022-11-29T17:00:00+01:00
Où :
Salle A6 (Annie Génovèse), Bâtiment Michel Dubois
1251 avenue centrale
38400 Saint Martin d'Hères
Titre de la thèse :

Étude des facteurs contextuels et individuels facilitant et légitimant les préjudices envers les animaux de laboratoire : une perspective de psychologie sociale


Composition du Jury :
  • Constantina Badea, Professeure, Université Paris Nanterre (Rapporteure)
  • Laurent Bègue-Shankland, Professeur, Université Grenoble Alpes (Directeur de thèse)
  • Aïna Chalabaev, Professeure, Université Grenoble Alpes (Examinatrice)
  • Kristof Dhont, Maître de conférence, University of Kent (Rapporteur)
  • Serge Guimond, Professeur émérite, Université Clermont Auvergne (Examinateur)

Résumé :

En règle générale nous sommes préoccupés par le bien-être animal et nous considérons la souffrance animale comme étant moralement injustifiée. Cependant, dans certaines circonstances, l’exploitation et la souffrance animale nous apparaissent comme étant nécessaires afin de satisfaire certains buts, et cela pourrait représenter un réel dilemme moral. C’est notamment le cas de l’expérimentation animale médicale et pharmaceutique, qui implique l’utilisation d’animaux pour évaluer la toxicité et garantir la sécurité des médicaments destinés à la consommation humaine. L’expérimentation animale oppose parfaitement les considérations que nous avons pour un endogroupe (i.e., les humains) à celles que nous avons pour un exogroupe (i.e., les animaux), et alors que les différences d’opinions quant à cette pratique ne sont encore pas réellement comprises, il se pourrait qu’elles ne soient que le reflet de tendances attitudinales et comportementales en matière de relations intergroupes. En outre, les avantages en matière de santé que présente cette pratique se font au détriment d’animaux qu’en temps normal nous désirons protéger de la souffrance, et des stratégies devraient exister pour rationaliser et faciliter la conduite des expérimentations. L’objectif de cette thèse est d’examiner quels sont les déterminants individuels et contextuels des attitudes et des comportements envers l’expérimentation animale et les animaux de laboratoire. Nous émettons l’hypothèse que des dispositions individuelles (i.e., la personnalité) prédictives des relations interpersonnelles et intergroupes informent et orientent les attitudes et les comportements envers l’expérimentation animale et les animaux de laboratoire. Nous faisons aussi l’hypothèse et que des mécanismes facilitants la conduite de comportements problématiques envers autrui puissent également apparaître dans le contexte de l’expérimentation animale et légitimer l’utilisation d’animaux de laboratoire. Treize études mobilisant un éventail large et diversifié de méthodes de collecte de données ont été réalisées et sont exposées à travers six manuscrits. Les résultats confirment que des dispositions et caractéristiques individuelles, telles que le genre, l’orientation à la dominance sociale, l’empathie, ou les dispositions spécistes, prédisent d’une part les attitudes envers l’expérimentation animale et les animaux de laboratoire, mais aussi l’engagement comportemental à les utiliser dans le cadre d’une recherche pharmaceutique leur causant de la souffrance. Par ailleurs, ces résultats mettent aussi en évidence l’utilisation d’une stratégie motivationnelle de désengagement moral telle que le dénigrement des capacités d’esprit des animaux de laboratoire pour palier et rationaliser le paradoxe que représente l’utilisation d’animaux à des fins de recherche. Enfin, à travers un protocol inspiré des travaux de Milgram, nos résultats démontrent également que des attitudes pro-scientifiques comme trait individuel ou induites via une manipulation expérimentale, conduisent à accroitre le soutien à l’expérimentation animale comme l’indiquent nos résultats fondés sur des mesures auto-rapportées et comportementales. Cette thèse défend l’idée selon laquelle les attitudes à l’égard de l’expérimentation animale et des animaux de laboratoire s’inscrivent dans des représentations plus larges du monde social et de sa structure hiérarchique. L’étude de l’expérimentation animale semble ainsi heuristique pour l’analyse des relations entre humains-animaux et les dynamiques intergroupes qui les traversent.